Cet été, plusieurs randonneurs se sont retrouvés paumés pendant des heures en montagne après avoir suivi un itinéraire pondu par une IA généraliste. Un autre groupe a fini hors sentier parce que Google Maps avait décidé qu’un raccourci existait là où il n’y avait, dans les faits, qu’un ravin. Rien de drôle sur le moment, mais ça pose une vraie question sur les outils qu’on emmène en montagne.
Franchement, à un moment, il va falloir arrêter de demander à un chatbot de nous concocter une boucle de 15 km dans le Vercors. Ces outils ne sont pas faits pour ça, et les histoires de secours mobilisés pour aller récupérer des marcheurs mal orientés commencent à s’accumuler.
Pourquoi les IA généralistes se plantent en rando
Le problème n’est pas mystérieux. Une IA conversationnelle bricole une réponse plausible à partir de textes trouvés en ligne. Elle peut inventer un nom de refuge, se tromper sur une altitude, mélanger deux sentiers homonymes, ou proposer un tracé qui, sur le papier, tient la route mais qui, sur le terrain, passe par une falaise. Pareil pour Google Maps, calibré pour la voiture et la marche urbaine, pas pour un GR qui traverse un pierrier.
Les applis spécialisées, elles, s’appuient sur des bases cartographiques sérieuses (souvent l’IGN en France) et surtout sur des traces GPS déposées par de vrais marcheurs. Ça change tout. Quand un sentier est barré par un éboulement, l’info remonte. Quand un pont a été refait, aussi.
Le trio qui domine le marché
Visorando, Komoot et AllTrails. Ce sont un peu les trois noms qui reviennent partout ces derniers mois, et pour cause : ils ont progressivement remplacé la bonne vieille carte papier dans le sac à dos de la plupart des randonneurs. Visorando est très ancré sur le territoire français, avec une communauté qui alimente les fiches à la main. Komoot, allemand à l’origine, séduit ceux qui alternent rando et vélo. AllTrails, plus international, tape fort avec son immense base d’itinéraires notés.
Perso, ce qui a fait basculer beaucoup de gens, c’est le mode hors-ligne. On télécharge la carte et la trace la veille au chaud, et le lendemain, plus besoin de réseau. Ce qui, quand on connaît la couverture 4G dans les Écrins ou dans le Mercantour, est un vrai game changer.
L’IGN qui contre-attaque avec sa propre appli
Le truc intéressant, c’est que l’IGN ne se laisse pas déborder. Leur appli Cartes IGN s’est étoffée, notamment sur la randonnée hivernale dans les Alpes, avec un affichage des couches nivo-météo et des zones à risque d’avalanche. Pour ceux qui sortent en raquettes ou en ski de rando, c’est devenu un outil quasi indispensable. Et quand on parle de sécurité en montagne l’hiver, la précision cartographique n’est pas un détail.
Ce qui est plutôt réjouissant, c’est qu’on a aujourd’hui un vrai choix. Pas une seule appli qui écrase tout, mais un écosystème où chacun trouve son truc selon sa pratique. Un peu comme dans le monde des loisirs en ligne où on a l’embarras du choix — que ce soit pour regarder un film, écouter de la musique ou tenter sa chance sur Dublinbet un soir de pluie après une longue rando. L’utilisateur mène la barque, et c’est très bien comme ça.
Les gratuites qui font le boulot
Parce que oui, tout le monde n’a pas envie de sortir la carte bleue pour marcher. Il existe une poignée d’applis gratuites qui font largement le job pour une sortie dominicale. Iphigénie a longtemps régné, mais son basculement vers le payant en a fait grincer plus d’un. Aujourd’hui, on trouve encore des outils sympas côté OpenStreetMap avec OsmAnd ou Maps.me, et les versions gratuites de Visorando et Komoot suffisent largement pour une balade familiale.
Le truc c’est que la gratuité a ses limites. Pas de téléchargement illimité de cartes, pas d’accès aux traces GPX les plus détaillées, parfois de la pub. Rien de dramatique, mais dès qu’on commence à enchaîner les sorties, l’abonnement annuel devient rentable. On parle de 20 à 40 euros par an selon les applis, ce qui reste raisonnable — et bien loin des pertes vertigineuses liées aux addictions en ligne — comparé au prix d’une carte IGN au 1:25 000 (autour de 13 euros pièce, et il en faut souvent plusieurs pour un GR).
Le smartphone, oui, mais pas tout seul
Une petite mise en garde quand même. Aussi bonnes soient-elles, ces applis reposent sur un smartphone. Batterie qui lâche par -5°C, écran qui refuse de répondre sous la pluie, chute malencontreuse dans un ruisseau… ça arrive plus souvent qu’on ne pense. Les guides et les fédérations le répètent : la carte papier reste un compagnon utile, même juste en secours dans un sac étanche au fond du sac.
Une batterie externe, un chargeur solaire pour les treks longs, et éventuellement une montre GPS pour dupliquer la trace : c’est le kit minimal qui évite les mauvaises surprises. On peut aussi partager sa position en temps réel avec un proche via certaines applis, ce qui rassure et facilite les secours si vraiment ça tourne mal.
Où va la suite
La grande tendance, c’est l’intégration de plus en plus fine des données de terrain en temps réel. Météo hyperlocale, alertes sur les sentiers fermés, densité de fréquentation pour éviter les autoroutes à marcheurs le dimanche… Les applis deviennent moins des cartes et davantage des assistants complets. Reste à voir jusqu’où on veut aller dans l’assistance sans perdre ce qui fait le charme de la rando : se débrouiller, lire un paysage, tomber sur un truc qu’on n’avait pas prévu.
Et honnêtement, la meilleure appli du monde ne remplacera jamais le fait de lever le nez du téléphone pour regarder où on met les pieds.







